La plage, l’océan, quels éléments nous lient si intimement que chaque été fait remonter à ma mémoire quelque bribe de Saint-Brévin, le paradis balnéaire de mon enfance ? Si je fais un effort pour me souvenir, il me semble que la confrontation d’un petit môme à un tel environnement constituait souvent un parcours d’obstacles : les hautes dunes pour tout horizon, la difficulté à avancer dans le sable, la piqure des feuilles bleutées froissées au bord du caillebotis, les brisures de coquillages formant la frontière entre sable sec et sable mouillé, la gifle du vent… Pourtant, tout cela forme un patchwork d’impressions plutôt plaisantes, de menus exotismes que dominent les châteaux : ceux que nous construisions dans le sable, avec pelle et seau, pour le plaisir d’y voir se glisser l’eau salée, pour l’excitation de suivre le travail inexorable de la marée. Finalement l’unique contact avec une nature indomptée, impressionnante en dépit du confort familial. Et tandis que ce soir d’été bordelais les hirondelles tournent en sifflant dans l’air encore chaud, je repense aux vagues, au bruit des vagues.
Archives de catégorie : journal
#2401
Les impatiens avaient soif, hier soir. Alarmé par le bruit du tuyau d’arrosage, le pinson interrompit son babil tournoyant pour invectiver ma mère en une série de percussions sonores. Plus tard, dans la nuit, j’entendis les longs piouh-ouh-ouh d’une chouette.
À la lisière de l’ombre, dans le soleil de l’herbe un miroitement, une hésitation du réel. M’approchant je vois que cette motte de trèfle tremble d’éclats de lumière, portés par la noire densité d’une presse de corps minuscules. Un nid de fourmis volantes, en pleine éclosion. Leurs ailes comme autant de minuscules échardes de miroir, tout cela tressaute, tremblote, avant de s’élancer dans une danse menue qui monte contre l’ombre en un poudroiement vertical.
#2400
A l’entrée du sous-bois, les virgules velues tombées des châtaigniers forment des graffiti sur les larges pages vertes des fougères, dans un alphabet que seuls les moustiques peuvent déchiffrer, peut-être.
Des sentiers étroits comme un seul pas d’homme creusent le terrain crayeux, sinuant dans un paysage dont les bruyères gomment les tourments sous un tapis vert et mauve, bourdonnant et grémilleux. Événements dans cette lande, çà et là se dresse une silhouette verticale, celle d’un petit chêne, d’un châtaignier tordu, d’une bourdaine dentelée de baies rouges, les balais épineux des ajoncs. Une senteur de sable s’élève, quelques digitales oscillent leurs cloches silencieuses. Je ne reconnais plus rien de « mon » camp des Romains, autrefois plus ouvert, les talus s’y lisaient clairement, les affleurements calcaires déchiraient une végétation rugueuse et clairsemée, que le travail des chèvres tenait en respect. L’antique plateau désormais adouci par les bruyères ne se ressemble plus, mes repères ont disparu, ce trou d’eau bordé d’une plage d’herbe trop verte est-il celui où je venais épier dytiques et salamandres? La nature a redessiné ce paysage de mon enfance.
#2396
Je suppose qu’il y a plusieurs sortes d’écrivains… Ceux qui aiment écrire ; ceux qui aiment avoir écrit ; et ceux qui aiment être un Auteur. Pour ma part je ne risque guère d’appartenir à la dernière catégorie, vu que l’on ne considère pas tellement les essayistes et que mes fictions jusqu’à présent furent plus ou moins des échecs commerciaux. Que j’aime écrire, ça c’est une certitude — je n’arrête pas, d’ailleurs, au point d’avoir plusieurs romans dans mes tiroirs et de « pondre » des petites choses en permanence, comme peuvent le constater les compatissants lecteurs de mon blog. Mais j’aime également avoir écrit : ah, la satisfaction d’avoir achevé un livre. Bon, ladite satisfaction provient en général d’une impression illusoire car le plus souvent un livre n’est pas réellement, n’est jamais complètement, fini. M’enfin qu’importe, laissez-moi mes illusions, hier soir j’étais très content car je venais de finir un livre. Mes relecteurs ne tarderont pas à le mettre en pièces et sa publication demeure actuellement une simple hypothèse, mais quand même, eh. J’ai fini un livre. L’illusion est agréable, au moins.
#2395
Hier en rentrant d’une soirée, je me suis arrêté un instant au-dessus des voies du chemin de fer, pour écouter les grillons. Et je me suis dit que quelqu’un ignorant que ce sont ces petits insectes qui émettent ce crissement cadencé, pourrait peut-être penser qu’il s’agit d’un bruit électriques émis par les caténaires.