#6335

Longtemps, j’ai mis à profit le moindre de mes voyages pour alimenter les fictions que j’écrivais, les enquêtes de Bodichiev. Non seulement je me refusais à écrire sur des lieux que je ne connaissais pas, mais c’est dans ces lieux vus et un peu connus que je trouvais matière à intrigues. Pour le dernier roman, Missions hantées, actuellement en relecture chez l’éditeur et devant sortir en septembre, j’avais tant épuisé tout le contenu de ma boîte à souvenirs (ma propre mémoire et les textes de voyages sur mon blog) que je fus obligé de me creuser les méninges et en particulier d’exploiter mes réminiscences d’une simple journée à St Ives. Au moment où je débute le travail de digestion et percolation des images de ces quatre jours auvergnats, délicieux, je ne saurai dire s’ils formeront à un moment ou un autre matière à fiction, d’autant que je pense en avoir fini avec monsieur Bodichiev — mais il ne faut jamais dire jamais.

#6334

Retour d’estive… Un peu de repos dans le Massif central, logé à 1400 mètres d’altitude. Par monts et forêts, avec quelques détours très Belle Époque (le funiculaire, le silence des villes thermales hors saison). Sous les frondaisons d’hêtres (vert clair) et de sapins (vert foncé), dans le moindre rayon de soleil dansent insectes et touffes de pollen. Au bord d’un lac, dans un bourg médiéval, par les chemins verts et dans les prairies fleuries de silène, de cerfeuil, de pissenlit et de bouton d’or (c’est ce qui parfume le Saint-Nectaire l’été… miam !), reliefs tout doux, immense verdure. En quatre jours, nous sommes passé de la froidure d’un hiver avec vestiges de neige, à un beau printemps très vert et gonflé d’humidité, à un début d’été en manches courtes, pour revenir dans un Bordeaux suffocant. Je reviens la tête pleine de belles images, du genre, c’est banal à dire, qui enrichissent la mémoire et peuvent éventuellement fertiliser un texte.