Un dimanche. S’il faisait fort beau hier sur la « marche pour le climat », il pleuvotait ce matin, ce qui m’ôta le courage de me rendre à la brocante Saint-Michel, d’autant qu’un vide-grenier s’étendait à deux pas de chez moi, dans la rue, barrière de Bègles. Ainsi font les petites gens, monsieur le président, ils s’échangent des petites choses pour de petites sommes, entre eux. Et un seul livre suffit à mon petit bonheur, sous les nuages grisouilleux : un vieil et bel hardcover anglais de 1969, The Essential James Joyce. Au téléphone, ma mère s’étonna que j’évoque mes capucines, mais si, je viens d’ailleurs de lire sur le ouèb que « Dans les régions sans gel, les capucines se ressèment toutes seules et même, dans certains cas, se développent comme des plantes vivaces. » Eh bien c’est le cas ici, dans le grand bac sous l’une des fenêtres du salon ; elles n’ont cessé de grandir et de s’enchevêtrer tout l’hiver et elles fleurissent déjà, ces capucines dont l’ardeur me remet San Francisco en mémoire. Et puis je suis rentré chez moi, lire un peu et travailler un peu.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#2777
De mon temps d’étudiant, il y a déjà 35 ans, charbonneux pouvait qualifier tout Bordeaux, aux façades maquillées de suie. En ces jours blonds, le noir d’ombre a reculé, les artères bordelaises d’une digne pâleur n’exhibent plus que rarement une face sombre, des exceptions. Revenant d’une « manif » par les petites rues, j’admire une fois encore une grande demeure abandonnée, que borde une sente presque campagnarde et que camouflent les arbres. Le mystère confus, le temps arrêté et le triste scandale d’une maison sans habitants. Et dans le ciel bleu se dispersent les sillons blancs des avions, le climat, quel climat ?
#2776
Oh tiens, au fil de mes corrections des neuf romans de Renée Dunan que les Moutons électriques vont prochainement rééditer, ce dialogue si délicieusement savanturier… et la conclusion de cet échange, d’une science fort audacieuse !
« Ceci nous donne un des mots du grand secret. Le Thibet doit être évidé à l’intérieur comme un moule à pâtisserie. Il y passe des rivières et il y a des parcs d’élevage. Cela peut nourrir toute une population insoupçonnée des Européens.
– Comment se pourrait-il que ces montagnes soient creuses? demanda Élise.
– Qui le sait ? répondit Le Jarty. Le monde est plein de ces bizarreries-là. On ignore si l’intérieur des monts de chez nous est plein ou non, d’ailleurs. «
(in La Montagne de diamants : https://www.moutons-electriques.fr/m-a-p-3)
#2775
« Dans l’avenue, c’était le silence trouble des nuits parisiennes. Des autos passaient avec un sourd feulement mécanique. Des tramways laminaient sans hâte leurs rails infinis, luisants sous les arcs électriques. Le ciel était d’un violet fortement rabattu de gris, Romain marchait au hasard. »
Pour tout ce qu’ils ont de très populaire dans l’esprit et la narration, et de rapide dans l’écriture, ces romans de Renée Dunan n’en recèlent pas moins, par moment, de bien belles phrases…
#2774
Ce matin sous un ciel lacté d’une bruine perçante, la Garonne prenait le beige tendre d’un lait de noisette, plane et vaste, et les nouvelles pyramides au-dessus des arbres de l’autre rive se gommaient dans la lumière diffuse.

