#2473

C’est lui, ce ciel d’hiver illimité, fragile,
Où les mots ont la transparence et la délicatesse du givre,
Et la peau froide enfin son ancien parfum de forêt,
C’est lui qui nous contient, qui est notre exacte demeure.

(Je pensais à Jacques Réda, tout à l’heure, en contemplant le ciel si froid et cette lumière si dure.)

#2471

C’était aujourd’hui la journée mondiale de lutte contre le sida. Je me souviens encore parfaitement du moment où j’ai appris la mort du chanteur Klaus Nomi, je traversais la rue un peu au-dessus de la galerie des beaux-arts, j’étais étudiant à Bordeaux, je découvrais ma sexualité et l’on parlait soudain de cette maladie, je ne comprenais pas. Je me souviens encore parfaitement du moment où j’ai appris la mort de Michel Foucault, je remontais le cours de l’Yser depuis les Capu, je ne comprenais toujours pas, une peur, un vertige, une abstraction.

#2469

Comme l’on fonce dans le paysage, on l’admire paresseusement, l’on apprécie ces petits hameaux serrés au pli de deux collines, le crépis sévère d’une petite ville où l’on ne fait pas halte, la ferme au toit d’ardoise bas, la maison isolée au bout d’une sente herbue… Puis l’on se souvient combien notre passage gâche la vie des habitants, ce tohu-bohu continu des bogies sur les rails, cette rumeur intrusive dans la campagne.