« Il a fait pour les cieux immenses la petitesse des oiseaux »… Au-dessus des rues nocturnes, invisibles dans le ciel sombre d’automne, passent des vols de grues, klaxonnantes, cancanantes, grinçantes, comme une longue chute de casseroles qui rebondirait par dessus les toits, ou des canards qui tomberaient en vrac de la lune… puis le vacarme des volatiles diminue dans le lointain…
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#2467
On apprend ce matin que le maire d’Angers a fait retirer toutes les affiches de la campagne sur la prévention du ministère de la Santé, ces sobres et belles images d’hommes en couple, qui font rugir les homophobes. Comme toujours, ces fâcheux invoquent une hypocrite protection de l’enfance pour justifier leur censure : « C’est centré sur un type de sexualité. Une telle campagne dans des magazines pour adultes ne me choquerait pas. Mais sur des panneaux devant des écoles primaires, oui », prétend le maire, tandis qu’un ancien porte-parole de la Manif pour tous parle de : « pubs infligées aux enfants. » Ah oui, c’est que chez ces gens-là, on ne pense pas, Monsieur, on ne pense pas, on prie. On ne veut pas les voir, ces vilains pédés, oh non, quelle horreur, pas de ça sur nos murs : ni égalité entre les citoyens ni réalité de la vie, oh non, cachons ce que l’on ne veut pas voir. Laissons-les dans des ghettos, la voie publique, la voix publique, n’est pas pour eux, bien entendu. Et les enfants alors ? Ah oui, toujours ce bon vieil amalgame de l’homosexualité avec la pédophilie, tandis que cette Église qu’ils aiment tant peut bien toucher petites filles et petits garçons. Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là on n´vit pas, Monsieur, on n´vit pas, on triche.
Eh bien figurez-vous que moi, j’aurai bien aimé que l’on m’en inflige, des publicités comme celles-ci, lorsque j’étais ado. Parce que lorsque j’étais ado, dans les années 1970, le terme même d’homosexuel ne m’était pas accessible, et les garçons comme moi, les filles aussi bien sûr, devaient chacun chercher son chemin seul, tellement seul, parce que l’unique chose que nous savions, chacun, c’est que les autres n’étaient pas comme nous. Je me souviens encore d’un jour où, rentrant de classe, je vis s’éloigner la fille que tout le monde trouvait super jolie, et de me demander pourquoi je devrais la trouver jolie, pourquoi je devrais avoir du désir pour elle alors que je n’en ressentais aucun, et de me dire que seul son côté un peu garçon manqué me plaisait chez elle. Je me souviens encore du jour où, devant rapporter je ne sais quoi à cette fille, la porte me fut ouverte par son frère, cette sorte de révélation : il était aussi joli que sa sœur, mais tellement plus joli justement, puisqu’il s’agissait d’un garçon. Je me souviens encore des manuels d’éducation sexuelle à la bibliothèque, qui n’expliquaient rien, qui ne disaient rien qui me concerne, ou alors seulement pour me vilipender. Oui, j’aurai bien aimé en voir, des publicités comme celles de cette campagne, devant mon école. Parce que durant toute mon éducation on m’a opprimé, menti, nié, centrant tout sur un type de sexualité, comme dit l’autre, me laissant seul pour comprendre et faire mon chemin malgré le manque de repères.
#2466
Que Sarko soit éliminé est amusant mais voir en tête l’ultra réactionnaire homophobe Fillon… c’est assez terrifiant, en fait. Vous me direz, le premier soutien de Juppé c’était Martinon, mais Fillon c’est un homme qui a voté en 1982 contre la dépénalisation de l’homosexualité, qui s’est opposé au Pacs puis au mariage gay, et qui veut changer les termes de la loi Taubira. Donc oui, Sarko éliminé c’est plaisant, Juppé mis en minorité ça fait ricaner aussi, reste que Fillon c’était tout simplement le pire programme, le plus brutal, ultra libéral et réactionnaire, catho et thatchérien. Et ça me fout le trouille, oui, vraiment.
#2465
Hier soir il faisait relativement bon et sur la terrasse, levant le nez, j’ai regardé la lune, pleine et imposante, devant laquelle glissaient des nuées bleutées. Ce soir, on nous annonçait la « super moon » mais j’ai beau scruter, le ciel reste vide, bouché d’un couvercle gris rougeâtre. Ah mais si, la voilà, elle se lève et le ciel se fragmente de nouveau en larges écailles bleues. La lune est là mais elle ne me semble pas plus grande qu’hier. Des nuées en échardes noires flottent au ras des toits, il s’agit en fait de déchirures vers le ciel nocturne. Un train passe en ronflant et quelque chose tinte au loin, vers le boulevard.
#2464
Une raison de plus d’avoir envie de retourner à Londres au printemps prochain : à la fin de ce mois, le Design Museum rouvre dans de grands locaux, après tant d’années à s’être tenu serré dans l’ancien entrepôt à bananes des bords de la Tamise. Depuis le temps qu’ils espéraient un tel déménagement, cela fait réellement plaisir. En dépit de sa qualité, ce musée n’a jamais profité de fonds publics. J’ai hâte de le redécouvrir, et de voir enfin toute sa collection permanente — je note d’ailleurs une erreur dans un récent papier du Guardian, qui affirme que la collection permanente n’a jamais été exposée. Le journaleux doit être très jeune, car moi je me souviens fort bien qu’elle l’était, exposée, aux tous débuts du Design Museum. Sylvie t’en souviens-tu? Nous l’avions visité ensemble, la première fois. Il y avait une DS près de la baie vitrée et un petit logiciel où nous nous étions amusés à designer une brosse à dents. Mais allez, je dois bien admettre que je le regretterai, ce petit bâtiment blanc du bout des quais, tant j’y ai de très, très nombreux souvenirs (ah l’expo sur l’aluminium, Olivier). Londres ne cesse de changer.
