#2815

Attendant un bus, tout à l’heure, je me suis mis à penser à l’océan. Il y avait du vent, de cette bousculade fraîche qui balaye souvent Bordeaux et qui, avec la pluie, la sauve encore de l’irrespirable. Je me suis souvenu qu’à Lyon, l’été, les fois trop rares où il y avait une telle brise je pensais à l’océan : souvenirs et impressions d’enfance, quand nous allions passer la période estivale à Saint-Brévin, sur l’estuaire de la Loire, et que bien souvent le vent marin nous empêchait d’aller à la plage. Et puis levant le regard, J’ai réalisé qu’un élément supplémentaire m’avait amené l’esprit à la grande eau : remplaçant la toiture d’une des maisons basses, en réfection, l’on avait installé de grandes bâches, qui claquaient et faseyaient comme une voile.

#2814

Sans doute cela me manquait-il le plus, lorsque je vivais à Lyon : la vision du ciel, car là-bas les rues sont de profonds canyons et l’on ne lève guère le nez vers le paysage nuageux ; d’ailleurs il y pleut assez peu, ai-je toujours trouvé. Je m’asseyais souvent à la fenêtre de la cuisine, pour malgré tout saisir un peu de ciel, comme une respiration. À Bordeaux, ville basse, j’ai retrouvé enfin ce lien constant avec le grand spectacle de la météo, et parfois, de mon jardinet, je me surprends à contempler les nuées comme on le ferait d’un tableau, admirant le touché du pinceau et la nuance des tons, je bade au firmament, béat de ce qu’ici il fasse beau… plusieurs fois par jour, si j’ose dire.

#2811

Lorsque je me tiens au fond du jardin, dans le seul espace qui demeure au sein de la mini jungle, et que le hasard du vent ou de la pression atmosphérique porte fortement le bruit du passage d’un train, sous le lent mouvement des nuages, l’impression de voyage immobile est presque saisissante.

#2808

Well, ce fut donc ze journée de brûlure maximum, la canicule record — en attendant la suivante, je suppose. Je me suis décidé en début d’après-midi à descendre dans la « chambre d’été », qui après tout est prévue pour cela. Au niveau de la cave, donc sous la maison, juste à l’aplomb de mon bureau, se trouve une petite pièce aux murs clairs. Elle a l’aspect d’une cabine de bateau, plutôt bien éclairée par une demi fenêtre située à ras de trottoir, l’ancien soupirail à charbon. Il y a beaucoup à Bordeaux de ces caves réaménagées en chambrettes. Le lit y est bon et, surtout, Mérédith y avait installé un petit bureau noir, genre écolier, auquel je me suis donc installé. De là, on voit le haut de la porte d’en face, avec son gros sourcil de pierre blonde, la toiture de tuiles rouges et le ciel bleu. il y faisait trois bons degrés de moins qu’au salon, par ces temps-ci ça compte rudement. J’ai écrit 6000 signes, c’est pas trop mal, contre les 10 000 d’hier au salon. Les trois chattes ne sont pas super fans de cette pièce en sous-sol mais tout de même, la petite est rapidement venue s’installer près de moi, sur l’épais coussin du fauteuil qui se trouve là, puis les deux grosses sur le lit.