#2295

Une très belle chronique de Rêves de Gloire sur le blog de mon vieux camarade Philippe… Et puisque le Bird cite un de mes emails, je vais m’en auto-citer un autre: « j’ai adoré, réellement adoré. je n’y connais rien non plus, historiquement, mais m’en foutais: je connais Roland, c’était son univers, c’est tout, et que ma connaissance de la réalité ne se distingue guère de cette uchronie faisait, pour moi, partie du jeu. j’ai trouvé ça absolument captivant et touchant et… immergeant, si j’ose dire. quelques temps auparavant j’avais relu d’un bloc toute la série des Futurs mystères de Paris, avec un intense plaisir, et Rêves de Gloire prolongeait avec bonheur ma redécouverte de Roland. tu sais, ça a même été au point où j’ai dans la foulée du roman lu l’énorme bio de Camus par Todd, afin d’en quelque sorte prolonger cela. ça m’a éclairci sur pas mal de points historiques, mais je continue à mélanger avec allégresse uchronie et réel. »

Conseillé par le même « Crazy Bird » et sous l’influence aussi de Roland, forcément, je me suis fait offrir pour mon anniv une petite platine. et je réécoute donc certains de mes vieux LP, genre par exemple les Original Mirrors que j’avais justement évoqués avec Roland il y a quelques mois. C’est typiquement des eighties mais sans doute ancêtre du « shoegazing », en écoutant Good Shoes j’avais pensé à eux. Réécouté encore d’autres vieilles choses, par exemple les über-babas de Quintessence, finalement pas très éloignés des groupes actuels Fleet Foxes ou Astra. Des musiques de films d’Ennio Morricone, terriblement datées… Mais reste quelques tonnes de LP chez mes parents, au grenier, il faudra que j’en rapporte encore d’autres.

Un des plaisirs de l’édition sur papier, c’est justement… le papier. Genre, le bouffant un peu jaune utilisé dans les nouveaux « Bibliothèque rouge », que l’ai choisi à la fois pour sa main, sa texture épaisse et sa teinte. Ou le bouffant blanc utilisé dans les nouveaux « Bibliothèque voltaïque », incroyablement léger et d’une main équivalente à un papier plus lourd. Mais un papier auquel je pensais depuis très, très longtemps (bien deux ans) c’était le papier Keaykolour Rayé couleur lin, une carte cannelée (ou rainurée, utilisez le terme que vous voulez) dont j’ai enfin trouvé l’usage, pour les couvertures de Fiction désormais. Je viens d’en voir un premier exemplaire pour le tome 15, et c’est suuuperbe.

#2293

Retour d’un petit week-end dans le calme et la verdure helvètes. Évidemment, à force de raconter ici un peu tout de ma vie trépidante, lorsque je vois des amis, ils me disent « Ah oui tu l’as dit sur ton blog », mais cela ne freine guère un bavard tel que moi. Ce séjour dans le joli village où résident les Kloetzer fut donc, tout de même, assez volubile. Et puis quel village étonnant que celui-là, où l’on croise moult babas cools de diverses nationalités et des jeunes gens costumés à la mode steampunk. Auparavant, j’avais fait une escale à Lausanne, une ville que j’aime bien. Je me suis même réjouis d’en connaître certains noms, St François, le palais de Rumine, la place de la Riponne, il m’amuse d’être déjà un peu familier avec cette géographie. Et puis que j’aime les villes en pente! Ah, elle tire sur les jarrets, Lausanne, mais c’est un décor plaisant. Légère déception cependant quant à l’expo Ligne claire, plus petite que je ne m’y attendais, et trop rigidement fixée sur l’école d’Hergé, à mon goût — pour l’amateur que je suis plutôt du « style Atome ». De belles planches tout de même qu’il me fit plaisir de voir, par exemple quelques Bob Fish de Chaland, des Joost Swarte, des Chris Ware, et même des Macherot…

Non loin, une expo de Christophe Blain. Ses sujets et scénarios m’intéressent rarement, mais quel trait. Également, adoré l’expo des canards Tom Tirabosco, aussi drôles que beaux, vraiment superbes, son style est un bonheur. Rien trouvé en chinant sur le marché à la brocante — à côté d’un marché alimentaire aux étals rangés par catégorie de marchandise: tout un coin de marchands de fromage, les boulangers à côté, etc. C’est la Suisse, quoi. Un pays où les trains circulent rigoureusement à l’heure, ç’en est stupéfiant (au retour, dès l’arrivée en gare de Bellegarde le train s’arrêta… et pris un quart d’heure de retard: c’est la France, quoi). Arrivé au village de R. je retrouvai mes amis au salon de thé du prieuré, comment imaginer accueil plus doux? D’autant qu’une foire aux livres s’y déroulait, où je dénichais une petite perle des auteurs lyonnais Paul Berna, surtout renommé pour quelques polars jeunesse, et Guy Sabran, son frère illustrateur. J’ai donc cédé à cette tentation (un album de SF, Nous irons à Lunaterra), tout en chinant avec curiosité au sein de nombreux ouvrages d’éditeurs suisses qui ne me sont guère connus.

#2287

Retour de la Braderie de Lille, les pieds usés, la tête lourde, épuisé d’avoir tant marché et si peu dormi, mais que c’était bien! Merci mes amis. Je n’avais plus fait cela depuis une douzaine d’années, quelle erreur. Heureux de constater que cet immense déballement est toujours égal à lui-même, avec de très rares perles au sein du flot bric-à-bracadabrantesque. Ah, que l’humanité a mauvais goût, c’est sublime.

#2286

Changement de braquet: niveau lectures, après quelques semaines à lire exclusivement de l’anglais, je repasse au français, avec une délectation certaine. Pouvoir passer ainsi d’une langue à une autre est un « luxe » que j’apprécie. Donc, je poursuis et savoure (sur la liseuse)  la lecture du prochain Jaworski (eh oui !), et j’entame (sur papier) une relecture à laquelle je songeais depuis un moment, celle des polars de Michel Suffran, le grand écrivain bordelais, les « Sébastien Lechat ». Fictions fluides, captivantes, langues riches, ombreuses, liquides, enivrantes — des lectures fort gouleyantes. Je me suis retrouvé à lire jusqu’à vraiment fort tard cette nuit, et il faut bien avouer qu’en cette fin d’été je me sens quelque peu fondu, fourbu, lessivé, choisissez votre métaphore ; les neurones éparpillés par la mort de Roland et grillés par la récente canicule — j’ai donc du mal à me concentrer pour écrire, le roman est au point mort, je n’ai encore fait qu’une poignée de paragraphes de mon papier sur le Londres fifties. Escapade lilloise ce week-end avec de vieux amis, à la Braderie et en mémoire de Roland, justement. J’espère que ça me remettra un peu les idées et les émotions d’aplomb.

#2285

Un ami vient de me faire miroiter la possibilité de, peut-être, pouvoir me prêter un appartement à Londres en fin d’année. Voilà qui, faut-il le préciser? me plairait bien (euphémisme). Vivre un moment Londres au quotidien, sans être à l’hôtel, cela m’intéresserait même beaucoup — en renouvelant fort à propos mon expérience de Londres. Car si je prend grand plaisir à rédiger une série d’articles historiques pour Londres, une physionomie, et si j’étais ma foi assez ému de recevoir lundi matin les feuilles de tirage (pages imprimées mais non collées) de Hercule Poirot, une vie, j’ai l’impression, que dis-je: la certitude, de passer vis-à-vis de ma passion pour Londres un véritable cap. Ces ouvrages concrétisent en effet de longues années de passion et, ce faisant, les clôturent en quelque sorte. Bien entendu, je reviendrai encore un peu au sujet — un autre Bibliothèque rouge autour de Jack l’Éventreur est déjà prévu, le premier étant quasi épuisé —, mais j’éprouve tout de même, en ce moment, un sentiment d’achèvement, de but atteint.

Feuilleter notre bio de Poirot (co-écrite avec Xavier Mauméjean, d’où le « notre »: écrire à quatre mains est un exercice d’une grande richesse) m’a d’ailleurs évoqué un sentiment étrange, celui en particulier d’une incrédulité, genre « on a écrit tout ça ? »… Et puis, je sais que pour retourner à Londres, il faudrait que ce soit dans de nouvelles conditions, et/ou avec de nouvelles personnes. Pour renouveler mon regard, changer de chemins. En cela, l’invitation de Simon & Gwenn a les rejoindre et leur servir de guide, à la fin de leur voyage à la poursuite de Dracula, constitua bien un tel renouvellement, puisqu’ils me firent aller dans des lieux que je ne connaissais que peu ou pas, sur les collines d’Hampstead. J’aspire à pousser un peu plus loin ce renouvellement.