#3028

Un Maigret des débuts, 1931. Formidablement chargé d’images et d’ambiances, une langue évocatrice et bien personnelle, les détails du passé et la gourmandise du style. Lecture parfaite pour jour de pluie où tout dégouttèle au dehors et où le férié rend la ville muette. Ciel livide et feuilles tremblantes. Un « roman gris » pour journée de grisaille.

#3027

Serais-je ainsi à la retraite, ces molles journées à passer d’un livre à l’autre, picorant dans des piles qui montent sur le dossier du petit canapé et sur la table du salon ? Mais sera-t-elle jamais une réalité, cette retraite qui me tente et s’approche incertaine, alors que les éditeurs passent pour des requins et que le feuillet bleu dément ce postulat de richesse ?

#3026

Presque rien, des heures lentes entre deux averses et dans le chant des oiseaux, pas toujours mélodieux : une pie ricane chez les voisins. Lire ou relire du Simenon, du Jaccottet et du Gracq. De ce dernier, l’expression de mon moment de pause : « un vide intermédiaire entre la méditation et le bâillement. » Réflexe professionnel cependant, je m’étonne du nombre de fautes d’orthographe aux éditions Corti. À qui se fier mon bon monsieur.

#3025

Le climat littoral battit de grands vaisseaux à fond plat, des géants blancs au cul sombre qui gesticulent en foule échevelée au-dessus de la ville coite et la morsure d’un soleil mouillé réveille des reflets sur tous les miroirs. Des notes florales et un air frais coulent à travers les rues luisantes. Par ce temps plus que par tout autre, Bordeaux donne le pressentiment de l’océan.

#3024

Le front rose de la résidence voisine qui soudain éclaire le soir alors qu’est monté un rideau de nuages comme une fumée opaque, l’avant-garde d’une noirceur violacée de la tempête. Après le souffle brutal de la première averse, sur la jolie brique ouvragée rapportée l’autre jour une unique feuille ronde, bien verte, porte une unique goutte, comme du jour concentré.