#2805

Jours d’été, un peu paresseux, un peu languides. La maison est dans une pénombre encore fraîche, je n’ouvre plus les volets du bureau, je bosse autant que possible dans le salon — que le velum teinte d’orangé — et sur la terrasse, sous le petit arbre. Je bosse un peu pour les Moutons (commande de papier, signature de devis, corrections, bouclage de London Noir) et j’écris un peu, aussi, sans me presser quoique tout de même ça avance vite. 150 000 signes à cet instant, il ne faudrait pas dépasser les 250 000. Ça ira bien. Je suis moins assidu que l’an passé, envie de tranquillité. Je relis toujours des Maigret, avec un mélange de tendresse et d’admiration. Je viens de glisser une allusion à la Nuit du carrefour dans mon roman et mon perso est très bougon, cette fois, influence du commissaire oblige. L’an dernier j’étais sous perfusion de Modiano, cette fois c’est Simenon, j’aime bien me glisser dans des univers, comme lecteur mais aussi, légèrement, comme écrivain, mouiller un petit peu mon inspiration à quelque chose des autres.

#2804

Ne rien faire : depuis le banc, regarder deux citrons voleter dans la lavande, oscillant d’une fleur à une autre comme des lamelles de lumière ivres de parfum ; voir les bambous gesticuler au-dessus du pignon de la maison ; contempler le balancement des gauras au sein du bouquet de pois de senteur ; apprécier le passage sur fond de bleu d’une hirondelle ou d’un pigeon, tandis que de gros nuages tordus défilent en frise blanche tout en bas du grand ciel.

#2803

La journée fut idéale, sur le vert de l’herbe, sous les arbres et l’éclat du ciel, avec les bulles du champagne, à rire et papoter avec les cousins et les cousines ; ç’aurait été beau si un copain ne m’avait annoncé alors qu’un vieux camarade venait de succomber à son cancer. Philippe Monot l’Aixois, dont j’avais récupéré l’un des romans dans la bibliothèque de Roland et qui m’en avait dédicacé un autre, l’été dernier. J’ai un peu pleuré dans les bras de ma cousine Sylvie, fait bonne figure le reste du temps je crois, partagé entre les sourires et le vague à l’âme, le cœur gros. That’s life.

#2801

Une grande clarté blanche éclabousse le ciel depuis le coin ouest, rafraîchissante après les rayons jaunes de la fin de journée, et un babil enfantin sonne là-bas, sous les sifflements des martinets et le souffle d’un petit vent frais, qui fait hocher la tête des plantes. Un avion étincelle brièvement, suivi du ruban pâle que laisse le trajet d’un autre. S’achève un dimanche d’été.