Éprouvant le besoin de respirer, faire quelques pas sur la terrasse humide, sous un ciel brouillé où la brume et la nuit s’empoignent pour ne plus faire qu’un bloc. Avec ce sentiment d’appartenance intime au moment nocturne s’installe une sorte de flottement, comme une houle de l’obscurité à laquelle répond d’ailleurs un grondement ferroviaire.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#2857
Venant de lire en partie le gros recueil de Jean-Pierre Hubert concocté par Richard Comballot chez Rivière Blanche dans un superbe devoir de mémoire, j’en suis ressorti avec un certain vague-à-l’âme tant il me semble que son œuvre a mal vieilli, allant des stratégies narratives seventies au formalisme eighties jusqu’à une certaine abstraction sèche, sans rien comprendre finalement de ce qui agitait la science-fiction. Une œuvre à côté de la plaque, historiquement intéressante mais néanmoins un échec en fin de compte, ai-je l’impression. Il faudrait que je relise certains de ses romans. Curieux comme en musique de tels « péchés » constitueraient une patine, voire même une identité, alors qu’en littérature ça me semble constituer une forme d’impasse.
Jean-Pierre Hubert fut important, pour moi : j’adorais ses textes, à l’époque, et l’ayant rencontré lors de ma première convention, à Bordeaux en 1981, je lui avais demandé pourquoi il ne réunissait pas ses nouvelles en recueil : il m’avait dit être incapable d’effectuer de tels choix — « Et pourquoi tu ne t’en occuperais pas, toi ? ». Ainsi fis-je mon premier job éditorial « pro », pour Denoël, alors que je commençais mes études — la directrice de collection refusa que mon nom apparaisse dans Roulette mousse, car « ça ne se faisait pas »… Peu d’années après, eh bien ça c’est mis à se faire tout à fait couramment. Toujours est-il que Jean-Pierre me prit sous son aile, il fut mon premier mentor, attentif et doux. Je le perdis un peu de vue plus tard, il s’était éloigné du milieu SF tant son échec littéraire lui inspirait d’amertume, tout de même il avait acheté une part sociale dans les Moutons électriques ; et en mai 2006 la nouvelle de son suicide fut mon premier deuil, je me revois pleurant entre les bras de mon premier stagiaire…
#2856
En m’installant à Bordeaux, j’ai quitté une grande région de mon existence : 6 ans déjà que Lyon m’est étrangère et la capitale girondine plus mienne que jamais.
#2855
Dans quel monde on vit ? M’étant rendu en ville chez un marchand de thé, j’y fus reçu presque comme si je leur demandais quelque drogue fâcheuse : du tarry souchong, fi donc, vous n’y pensez pas, c’est interdit par l’Union Européenne ! Tiens donc ? Bien, je m’en retourne donc en mes pénates, et chemin faisant me souviens d’avoir entendu dire que certaines marques dont le fumage du thé noir était effectué avec n’importe quel combustible s’était vu interdites de vente… Bon, soit. Je cherche sur le web : tout le monde vend toujours mon thé favori, sauf ladite maison. Euh, hem. Oh, et en rentrant j’ai vu passer sur les quais la devanture d’un vendeur de CBD. Mais dans quel monde on vit ?
#2854
Ces deux derniers étés, j’ai écrit des romans — courts, dans le temps que je pouvais m’impartir. L’un a trouvé preneur, l’autre pas (pas encore, fit-il en feignant l’optimisme). Menace sur l’Empire et Après la guerre. J’ai réalisé, discutant ce week-end avec mes amis graphistes, qu’un instant je mélangeais le début de l’un avec l’autre : c’est que les deux remontent et bouclent, en quelque sorte, un imaginaire personnel développé il y a déjà longtemps, celui de certaines années lyonnaises, et que je me suis efforcé dans ces deux textes de capter, de circonscrire assez complètement. Menace sur l’Empire, il s’agissait tout d’abord d’un synopsis développé pour un copain bédéaste, qui n’alla pas bien loin, puis d’un autre synopsis, développé celui-ci avec Ugo Bellagamba dans l’espoir de l’écrire ensemble, cela n’alla pas non plus bien loin. Je n’ai rien gardé des apports d’Ugo, sciemment, afin de développer mes propres idées, ambiances, inspirations d’alors, si longuement infusées. L’autre roman était né d’un essai de début d’ébauche de collaboration avec Jean-Jacques Girardot puis d’une commande de Sébastien Hayez, les deux inaboutis. Deux éditeurs l’ont déjà refusé, les jeux sont faits, rien ne va plus.