#2634

Été retirer à la mairie mon nouveau passeport, en vue des voyages en Angleterre et en Écosse prévus cette année (déplacements professionnels !). Mais il doit y avoir une erreur car à en juger par ce qu’il reste de ma photo après leur traitement à la noix, il s’agit certainement du passeport d’un bandit corse. C’est bô la technocratie.

#2633

Où étant parti armé d’un solide parapluie et sous un ciel gris, l’intrépide explorateur urbain arriva sous un soleil radieux mais sur un parvis inondé et en large part déserté par des vendeurs craignant l’eau du ciel. Qu’importe, l’ambiance suffisait, un guitariste ajoutant d’ailleurs encore du soleil avec quelques reprises de Santana, et dans l’habituel brassage l’œil aiguisé du chineur dominical repéra tout de même un tantinet d’enfantina plaisant, avant de s’en retourner vers sa thébaïde solitaire.

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#2631

Je fini de lire un gros essai sur l’architecture et l’urbanisme anglais après la guerre (Concretopia de John Grindrod), c’est-à-dire l’invention des grands ensembles, des villes nouvelles, des centres commerciaux, des groupes scolaires, des cheminements piétons, des reconstructions ; les rêves de monorail, les utopies du béton, le brutalisme, le design émergeant… En enfant de Cergy-Pontoise, une des villes nouvelles pompidoliennes, tout cela me passionne et me parle intimement. Ces folies architecturales, ces révolutions sociales, ces esthétiques, ces échecs aussi, sont dans mon univers mental comme dans mon vécu.
Avec la mode du « vintage » j’ai refait mon intérieur dans un mélange fifties – sixties – seventies et, tout en m’intéressant également beaucoup à l’architecture et au design contemporains, je ne peux jamais me départir d’un allant, d’une attirance pour ces réalisations depuis si souvent décriées – par exemple, Mérédith m’avait dis pis que pendre de Lorient et la fois où je m’y suis rendu pour un salon, j’ai découvert un joli petit port délicieusement sixties, une petite ville comme dessinée par Franquin et Jidéhem. J’aime à Londres la Southbank, le Brunswick Centre et le quartier de Barbican, ou bien ici celui de Mériadeck. Et à lire le récit de certains échecs, les grands gâchis créés par le dumping social des gouvernants, certains principes erronés aussi, les futurs avortés, je ne peux m’empêcher d’une certaine tristesse, un pincement doux-amer (tout comme je fus peiné d’apprendre l’autre jour sous la plume de Dominique Douay l’échec d’un quartier de Villeurbanne que j’ai aimé, le Tonkin).
J’apprends aussi, amusé, que mon goût d’antan pour le bowling dans de vastes salles parquetées est à la fois un fruit de cette époque (on mettait des bowlings au sous-sol des centres commerciaux pour faire à l’américaine) et hélas d’après Mérédith déjà un artefact du passé. Enfant des seventies, j’en regrette certains aspects, le multicolore, les passerelles, le futurisme, l’audace utopique… Et j’avais été heureux il y a quelque temps de constater qu’au moins l’une de ces utopies urbaines, celle de mon adolescence, le sud de Cergy, a finalement si bien vieilli. Même si les monorails et les hélicoptères pour tous ne se sont pas concrétisés.

#2630

Un cyprès… « Intrusion sévère, violemment protestataire, de l’univers des solides parmi la folle agitation féminine, hystérique, des feuilles et des vergettes à chaque instant mises en émoi par le vent. Tout ici est refus exemplaire de la flexion. Les rameaux se referment sur le tronc comme le faisceau contreforté d’un parapluie, se soudent durement par la pointe comme les poils d’un pinceau encollé. Les fruits, minéralisés, d’une rigidité étrange de fossiles, font penser à de minuscules ballons de football éclatés aux coutures, mais ces segments disjoints qui provoquent l’ongle, nulle force ne peut les séparer. » (Julien Gracq, Carnets du grand chemin, 1992)