#2767

« Le ciel avait pris brusquement un air automnal. De lourds nuages violets, pareils à de fabuleux vaisseaux en lévitation, montaient gueule et panse en avant à l’assaut d’une fantomatique escadre de fins voiliers tordus par le vent. Au-dessous, une armada de longs sous-marins rouges assiégeait le soleil. Une bruine tiède flottait dans l’air… » (Michel Jeury, L’Univers-ombre)

#2765

J’évoquais les doublons de ma bibliothèque : parmi ceux-ci est un Flaubert, Par les champs et par les grèves. J’en ai deux, je pensais en avoir trois — je ne remets pas la main sur une édition complète récente, celle qui comprend également la part de Maxime Du Camp, serait-elle restée auprès de mon flaubertien d’Olivier ? Tant pis, m’en reste encore deux, dont les sommaires diffèrent légèrement par l’inclusion de tel ou tel fragment supplémentaire. Je redécouvre dans l’une d’elle que ce jeune fat, il n’avait que 19 ans, n’apprécia guère Bordeaux : « Ce qu’on appelle ordinairement un bel homme est une chose assez bête ; jusqu’à présent, j’ai peur que Bordeaux ne soit une belle ville. Larges rues, places ouvertes, beaucoup de mouchoirs sur des têtes brunes, telle est la phrase synthétique dans laquelle je la résume avant d’en savoir davantage. II me faut pour que je l’aime quelque chose de plus que son pont, que les pantalons blancs de ses commerçants, que ses rues alignées et son port qui est le type du port. II n’y fait, selon moi, ni assez chaud ni assez froid ; il n’y a rien d’incisif et d’accentué : c’est un Rouen méridional, avec une Garonne aux eaux bourbeuses. » Tss.
 
Je reviens assez souvent picorer dans Par les champs et par les grèves, pour le plaisir de la langue, des descriptions. Cela, par exemple : « La grève parut noire. Un carreau d’une des maisons de la ville, qui tout à l’heure brillait comme du feu, s’éteignit. Le silence redoubla; on entendait des bruits pourtant : la lame heurtait les rochers et retombait avec lourdeur ; des moucherons à longues pattes bourdonnaient à nos oreilles, disparaissant dans le tourbillonnement de leur vol diaphane, et la voix confuse des enfants qui se baignaient au pied des remparts arrivait jusqu’à nous avec des rires et des éclats. » Et encore : « La marée venait et montait vite ; les rigoles se remplissaient; dans le creux des rochers la mousse frémissait, ou, soulevée du bord des lames, elle s’envolait par flocons et sautillait en s’enfuyant. »

#2764

Dans le flot de tout ce que l’on écrit, il y a forcément des choses qui nous plaisent plus que d’autres, pour des raisons et à des degrés très différents. Ainsi je pense que ma longue préface à un recueil de Thomas Burnett Swann, pour Folio-SF, est sans doute l’un de mes meilleurs textes. J’ai également une grande tendresse pour mon deuxième polar jeunesse — las, celui-ci n’est jamais paru, la collection ayant été supprimée, et aucun éditeur ne daigne jamais répondre, je viens donc d’encore envoyer mes deux polars jeunesse à deux autres maisons… Les nouvelles formant le cycle de Bodichiev, que les Saisons de l’étrange viennent de publier en deux volumes signés Olav Koulikov, sont vraiment mon travail d’amour, la prunelle de mes yeux, et j’éprouve une grande émotion à ce qu’elles soient enfin disponibles, après une quinzaine d’années de refus divers et variés (enfin, pas si variés que cela : c’était toujours trop polar et pas assez SF, ou bien trop SF et pas assez polar). Les trois bios, celles de Holmes, Lupin et Poirot, me sont chères bien entendu. Et puis il y a un petit article, « Jeunesse des terrains vagues et de la rue », paru au sommaire du volume Jeunes détectives, les vies. Comme il est envisagé que ce recueil d’essais ressorte un jour en poche Hélios, je viens de le retoucher, y ajoutant en particulier un paragraphe sur ma lecture d’hier soir, un Daniel Picouly assez délicieux, dans le style farfelu de Pennac mais pour la jeunesse (Hondo mène l’enquête).