Hier le temps était au beau et dans cette sorte de clarté humide qui se faisait sous un ciel clair, de nombreux moucherons menaient une danse. Ils tressautaient dans l’espace vert entre les coupelles suspendues de l’abutilon, les grands doigts frais du figuier et la jungle frisée du fuchsia. De temps en temps, un bourdon fendait cette foule de miettes pour aller d’un pied de monnaie-du-pape à un autre. La quiétude de ce samedi semblait presque incongrue, après vingt-deux semaines de tournoiements d’hélicoptères, de bruits sourds dans le lointain et de sirènes plaintives, toute cette confusion brutale d’un régime au pain sec. Au soir, j’allais faire quelques pas sur les boulevards et les oiseaux trillaient, gloussaient, pépiaient, petits corps vibrant et fusant depuis les fils électriques jusqu’aux bas platanes qui sont de « frémissants docteurs glosant les subtilités de la lumière », comme le dirait Réda. Aujourd’hui la ville froide courbe l’échine sous un ciel blanchâtre, qui va rester dans cette hésitation, crachin, quelques traces de bleu, solitude silencieuse, la végétation se gonfle d’ombre et l’arbre de la vieille voisine pleure son feuillage roux comme pour un nouvel automne.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#2757
Hier soir je suis resté un bon moment au bout de ma rue, à bader devant le ciel rose et le soleil de plus en plus rouge comme il s’abaissait sur l’épaule de la voie ferrée, jusqu’à se dissiper dans des tremblements de l’atmosphère. Je suis rentré alors que le ciel s’emplissait encore d’une grande lumière jaune et que, derrière moi, un train faisait sonner sa corne par-dessus son long roulement sourd.

#2786
Rimbaud !
Je ne suis pas trop citation, mais là, tant de beauté…
Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bouclés, d’autres descendant en obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s’abaissent et s’amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D’autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent, et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d’autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d’hymne publics ? L’eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.
#2785
La réputation de timidité des violettes est totalement usurpée : elles envahissent tout et je viens d’en arracher quelques brassées afin de pouvoir planter mes pieds de tomate.
