#2780

Bon, je l’ai déjà avoué en ces lieux, je m’amuse à signer d’un pseudo mon cycle des enquêtes de Bodichiev : Olav Koulikov, auteur surgit de cette uchronie. Et ce qui vient également de surgir, ce sont les premiers exemplaires du deuxième volume, chez la toute jeune maison Moltinus, qui a repris le destin des « Saisons de l’étrange ». Et je m’avoue fier, heureux, content.

https://www.moutons-electriques.fr//bodichiev-2

#2779

Curieux fonctionnement de la mémoire. Lorsque j’étais en fac de lettres, à Bordeaux III, il s’est trouvé quelques fois un peu avant l’été que j’aille avec des copines ou avec des copains au bord de l’océan, à la plage du Truc vert (oui, c’est réellement son nom, c’est sur la presqu’île du Cap Ferret, du côté du large). À l’époque, le Truc vert était une plage nudiste, ce qui ces trois ou quatre fois-là me sembla merveilleusement libérateur. Mais ce qui est curieux, pour revenir au début de ce paragraphe, c’est qu’il semble que je ne me souvienne réellement que de l’une de ces occasions — ou bien, s’agit-il d’un amalgame dans mon souvenir de plusieurs épisodes distincts ? En tout cas, j’ai le souvenir distinct de deux garçons, que pourtant je n’ai vu qu’une seconde pour l’un, une heure ou deux pour l’autre. Il y a ainsi des images qui marquent profondément, des chocs esthétiques — par exemple le garçon rieur que je vis rentrer dans l’eau au moment où j’en sortais, tout comme des années plus tard le garçon torse nu que je vis traverser un pont à Lyon. Il faudrait pouvoir brancher une imprimante sur nos souvenirs afin d’obtenir une belle photo, sans doute un peu floue sur les bords, mais tout de même. Deux nuits de suite que je rêve des garçons du Truc vert, pourquoi donc ? Mystère du sommeil et de ce qui remonte en mémoire comme une écume sur le vague à l’âme.

#2778

Un dimanche. S’il faisait fort beau hier sur la « marche pour le climat », il pleuvotait ce matin, ce qui m’ôta le courage de me rendre à la brocante Saint-Michel, d’autant qu’un vide-grenier s’étendait à deux pas de chez moi, dans la rue, barrière de Bègles. Ainsi font les petites gens, monsieur le président, ils s’échangent des petites choses pour de petites sommes, entre eux. Et un seul livre suffit à mon petit bonheur, sous les nuages grisouilleux : un vieil et bel hardcover anglais de 1969, The Essential James Joyce. Au téléphone, ma mère s’étonna que j’évoque mes capucines, mais si, je viens d’ailleurs de lire sur le ouèb que « Dans les régions sans gel, les capucines se ressèment toutes seules et même, dans certains cas, se développent comme des plantes vivaces. » Eh bien c’est le cas ici, dans le grand bac sous l’une des fenêtres du salon ; elles n’ont cessé de grandir et de s’enchevêtrer tout l’hiver et elles fleurissent déjà, ces capucines dont l’ardeur me remet San Francisco en mémoire. Et puis je suis rentré chez moi, lire un peu et travailler un peu.

#2777

De mon temps d’étudiant, il y a déjà 35 ans, charbonneux pouvait qualifier tout Bordeaux, aux façades maquillées de suie. En ces jours blonds, le noir d’ombre a reculé, les artères bordelaises d’une digne pâleur n’exhibent plus que rarement une face sombre, des exceptions. Revenant d’une « manif » par les petites rues, j’admire une fois encore une grande demeure abandonnée, que borde une sente presque campagnarde et que camouflent les arbres. Le mystère confus, le temps arrêté et le triste scandale d’une maison sans habitants. Et dans le ciel bleu se dispersent les sillons blancs des avions, le climat, quel climat ?

#2776

Oh tiens, au fil de mes corrections des neuf romans de Renée Dunan que les Moutons électriques vont prochainement rééditer, ce dialogue si délicieusement savanturier… et la conclusion de cet échange, d’une science fort audacieuse !

« Ceci nous donne un des mots du grand secret. Le Thibet doit être évidé à l’intérieur comme un moule à pâtisserie. Il y passe des rivières et il y a des parcs d’élevage. Cela peut nourrir toute une population insoupçonnée des Européens.
– Comment se pourrait-il que ces montagnes soient creuses? demanda Élise.
– Qui le sait ? répondit Le Jarty. Le monde est plein de ces bizarreries-là. On ignore si l’intérieur des monts de chez nous est plein ou non, d’ailleurs. « 

(in La Montagne de diamants : https://www.moutons-electriques.fr/m-a-p-3)